Nala, j'aime l'emmener dans les prés qui bordent les vignes, loin du refuge et des aboiements incessants, derrière le bois où s'étouffent les plaintes. Seulement pour Nala, l'éloignement est insuffisant pour que les appels de ses congénères échappent à son acuité auditive. Elle sait qu'après la balade, elle retournera là-bas, derrière les grilles. Cela fait trop longtemps maintenant que l'espoir de quitter ces lieux s'est effacé. Bientôt cinq années se seront écoulées. Sa confiance en l'humain s'est épuisée.
Les chiffres parlent contre elle. Dans les refuges, les chiens qui ne viennent pas au grillage pour chercher une caresse, un contact avec le visiteur, ont peu de chances d'être adoptés. Les gens attendent un échange de regards avec un chien, un coup de cœur.
Bien sûr elle se laisse attraper, râle un peu, grogne aussi parfois. Mais il faut respecter son histoire, gagner sa confiance, se montrer sûr de soi tout en étant doux et bienveillant. Ces chiens, descendants d'autres chiens, sélectionnés depuis des millénaires pour être proches des hommes et veiller sur eux, ont été mis de côté par notre société ultra occupée à d'autres priorités.